Patterns in the Ivy

Stage d'eau-forte

Vue d'ensemble à la fin du stage, détails ci-dessous.

Après quelques séances d'initiation à la taille-douce cette année, j'ai voulu m'y consacrer plus sérieusement et régulièrement. Mais je suis resté assez frustré ne pas pouvoir pratiquer ça facilement chez moi. C'est ce qui m'a poussé à m'inscrire à un stage pendant l'été.

J'aime plutôt les vacances solitaires et au grand air, mais j'étais retourné me perdre dans les Highlands écossais en mai donc je n'étais pas en manque de ce côté là. Je cherchais quelque chose qui me coupe de mes habitudes, me fasse passer du temps avec des personnes différentes de mon cercle quotidien et surtout qui me permette de me concentrer sur la gravure de manière intensive pendant un temps suffisamment long. Je suis tombé assez vite sur le site des stages d'eau-forte de Gaëlle Abolivier et mon choix a été vite arrêté tant tout semblait parfait.

J'ai été plus que comblé ! Une petite semaine dans un village superbe de l'Aveyron, à partager un atelier avec seulement quatre autres stagiaires, logés dans un ancien couvent dans la rue d'à côté. Gaëlle est adorable et cherchait avant tout à élargir notre approche du medium, au-delà de ce qu'on pensait connaître. J'ai appris énormément de choses ! Le temps est passé exactement comme il fallait, bien rempli, studieux et paisible, les journées rythmées par les pauses café, les apéros et les repas à l'ombre des arcades. Les journées se terminaient normalement vers 17h30, mais je suis retourné tous les soirs à l'atelier après dîner pour faire quelques tirages nocturnes en profitant de la fraîcheur.

En cinq jours, quatre effectifs si on enlève le dernier consacré exclusivement à l'impression, j'ai eu le temps de faire cinq plaques et plusieurs dizaines de tirages. L'excitation est un peu retombée depuis trois semaines, mais je reste très heureux de ce que j'ai obtenu. Petite visite !

Eau-forte au trait, 10 × 15 cm.

C'est un dessin au style un peu atypique pour moi, que j'avais l'idée de reproduire en venant au stage. Il est peu intéressant au sens où il n'exploite quasi rien des possibilités réelles des techniques d'eau-forte, par exemple les effets de traits et de texture qu'on peut obtenir en variant les façons de travailler le vernis et les temps de bain dans l'acide. Mais je l'aime bien, et il fallait que je le grave avant de passer à autre chose.

Eau-forte au trait et à l'aquatinte, 18 × 24 cm.

Pour cette seconde gravure, j'ai fait appliqué le même procédé que pour mon Faucon pélerin : une première étape au trait, puis une aquatinte à trois morsures pour obtenir divers niveaux de gris. C'est une technique qui se complique vite, je me rappelle m'être bien emmêlé les pinceaux la première fois avec cette façon de penser "à l'envers" qu'il faut bien planifier à l'avance. J'y suis allé doucement cette fois-ci et j'ai obtenu quelque chose de proche de ce que je voulais. Et par rapport au faucon où j'avais utilisé seulement un pinceau et du vernis, j'ai varié les moyens de recouvrir des zones entre chaque morsure. Par exemple des pastels gras (pour obtenir des limites de zone plus irrégurlières) ou du feutre fin (qui m'a permis de préserver les oiseaux blancs sur des fonds gris).

Détail de la plaque.

Désolé si tout ça n'est pas clair… Après maintes explications orales laborieuses et non concluantes, j'ai plus ou moins abandonné l'idée d'expliquer le procédé de l'aquatinte :P Mais je garde dans un coin de ma tête le projet d'en faire une vidéo explicative si un jour j'ai accès assez longtemps à tout le matériel.

Jupiter. Aquatinte, 30 × 30 cm.

Après l'aquatinte des falaises, je me suis un peu enflammé :) J'ai eu l'idée de rendre avec cette technique (et sans trait préalable, pour éviter un côté "ligne claire") les bandes et les volutes de Jupiter. J'ai pris une grande plaque, tracé un cercle et travaillé les teintes en multiples couches, avec du crayon litho ou des pastels gras pour essayer de garder un côté irrégulier. Je me suis assez vite perdu dans le compte des couches et la durée des morsures à l'acide, mais ça allait globalement dans la bonne direction. Malheureusement, je n'ai pas laissé les derniers gris tremper assez longtemps et j'ai recouvert trop tôt la Grande Tache rouge, qui se retrouve beaucoup trop claire à l'impression. Même si depuis je trouve quand même le résultat assez chouette, j'étais bien déçu au tirage. En plus, vue la taille de la plaque et toutes ses textures, elle est terriblement longue à encrer. Au final je ne l'ai imprimée que deux fois. Mais je reste persuadé que ce sujet avec cette technique a du potentiel, et je suis très impatient de retenter une plaque semblable sans refaire les mêmes erreurs.

Milan. Aquatinte, 24 × 18 cm.

Après la folie des grandeurs de Jupiter, je suis revenu à quelque chose de plus simple pour la suivante. Un rapace, pour rappeler mes tous premiers essais. C'est encore une aquatinte, mais seulement à deux gris très contrastés. Et il y a bien un premier passage au trait, avec un outil assez grossier pour obtenir des effets dans les plumes qu'on ne voit malheureusement pas trop au scan. Bon, la plaque a plein d'imperfections et ce milan a des ailes ridiculement grandes, mais je suis content de son allure général et de son expression.

Saturne. "Fausse" manière noire, 15 × 10 cm.

La dernière plaque était une expérimentation très rapide qui s'est transformée en résultat que j'adore. Le stage étant consacré à l'eau-forte, c'est-à-dire toutes les techniques où on "mord" chimiquement une plaque de métal grâce à un bain corrosif, les techniques dites de taille directe n'étaient pas abordées. Parmi elles, la manière noire, que je n'avais jamais pratiquée mais qui m'attirait beaucoup. En théorie, elle repose sur une première étape interminable qui s'effectue à la main et consiste à donner à une plaque lisse une texture archi-fine uniformément granuleuse qui s'imprime en noir. La gravure en elle-même consiste à partir de ce noir pour retrouver des teintes plus claires, en lissant plus ou moins le grain à l'aide d'un outil appelé brunissoir. C'est la seule technique qui permet des dégradés réels.

Détail de la plaque.

Je pensais devoir attendre une autre occasion pour tester cette technique, mais notre prof a évoqué pendant le stage les "fausses manières noires", où le grainage manuel peut-être remplacé par une aquatinte uniforme très foncée. Astussse :) Ça a été une révélation pour moi et à partir de ce moment j'ai été impatient de tester. Encore frustré par ma Jupiter, j'ai travaillé une petite plaque l'avant-dernier soir pour y graver Saturne, un peu à l'instinct. Je n'espérais franchement pas quelque chose d'aussi chouette ! C'est finalement celle que j'ai le plus tirée et celle que les autres personnes ont le plus choisi le dernier jour quand nous nous sommes tous échangé un tirage…

 

Je suis reparti de ce stage avec plein de nouvelles idées de dessins à graver et plein de nouvelles manières techniques de les aborder. Je suis très impatient de m'y remettre… et ça tombe bien, car à partir de septembre je vais continuer à pratiquer la taille-douce trois heures par semaine dans le cadre de Paris-Ateliers ! À suivre, donc !

Carte de vœux 2018

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Martin-pêcheur d'Europe. Linogravure à 4 plaques. 10 x 15 cm.

2018-01-15_kingfisher_doodle.jpgPour l'édition 2018 de la carte de vœux linogravée (les années précédentes : 2015, 2016, 2017), je n'ai pas choisi de motif particulièrement hivernal. J'ai repris un minuscule dessin que j'avais fait pendant une réunion pourvue de quelques feutres de couleurs (on s'amuse bien quand on fait du développement agile). Comme il y avait des feutres bleu et orange et que je suis toujours plus ou moins dans ma période "oiseaux", ça a donné ce petit martin-pêcheur, un oiseau que je n'ai jamais eu la chance de voir en vrai.

Je l'ai redessiné en plus grand format et au trait, en retravaillant notamment ce fond ondulé dans une veine japonisante/Art nouveau. Et puis j'ai appliqué mes recettes habituelles de préparation de gravure multicolore : scan, coloriage par aplats à l'ordinateur, impression, puis report des contours de chaque couleur sur lino au papier carbone.

Sans oublier d'ajouter des repères pour assurer une bonne superposition des couches à l'impression. J'ai mis à profit les tâtonnements des fois précédentes et laissé tombé l'impression à la presse qui pour ce genre de gravure introduit plus de problèmes qu'elle n'en résout, et cette année ça s'est très bien passé. Alors que j'avais souvent un grand taux de rebut à cause de décalages trop importants, cette fois-ci tous les tirages sont parfaitement calés ! Chacun reste légèrement différent, avec des imperfections sur une ou deux couleurs, mais globalement je crois que c'est la meilleure série multi-couche que j'obtiens depuis que je grave (à l'exception peut-être de la Ivy aux capucines, mais c'était de la gomme, pas du lino, et il n'y avait que deux couches).

Bref, je suis très satisfait de l'édition 2018. Ça s'est si bien passé et je tenais tellement le rythme des impressions, que j'en ai fait encore plus que d'habitude. Autant de personnes en plus à qui les envoyer. Et si je me décide enfin un jour à vendre certaines gravures, je pense que je commence à être rôdé !

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Une vraie production industrielle !

Je souhaite à chacun·e une excellente année 2018 !

Débuts en taille-douce

Faucon pélerin, eau-forte et aquatinte.

Ça fait déjà un bon moment maintenant que je pratique la linogravure. Je continue régulièrement parce que c'est facile et que je suis à l'aise avec cette technique, mais ça m'a aussi donné envie d'explorer d'autres procédés de gravure. J'ai eu l'occasion d'essayer le bois (il faudrait que je reprenne, notamment sur bois de bout avec les techniques japonaises), mais c'était surtout la taille-douce qui m'attirait. En gros, toutes les techniques de gravure sur metal, en creux, contrairement à la lino et au bois.

Comme d'habitude, j'ai essayé en auto-didacte. Après tout, ça s'était bien passé pour la lino. J'ai acheté une petite plaque de cuivre et une pointe sèche, j'ai gratouillé un dessin, la reproduction de l'un de ceux que j'avais fait pour Inktober 2016, et je l'ai imprimé avec une petite presse personnelle, en essayant d'appliquer tout ce que j'avais lu et vu sur le sujet. Voilà ce que ça a donné.

Mon tout premier essai, pour la postérité.

Pour une toute première fois, j'étais content du résultat, je m'attendais à franchement pire. Mais j'ai vite déchanté. Au lieu de s'améliorer, les tirages suivants ne cessaient de se dégrader. La presse patinait, ça restait sale, j'avais toujours trop ou trop peu d'encre sur la plaque à la fin, et la gravure s'émoussait très vite. Finalement, je l'ai rayée en essayant de la regraver plus profond ensuite. Fin du premier essai. J'en ai refait un autre peu de temps après, un dessin plus élaboré qui donne une très jolie plaque de cuivre, mais je n'ai jamais réussi à en tirer une seule impression correcte malgré mes soins.

La conclusion était claire et peu surprenante : la taille-douce s'apprend difficilement tout seul. Les gestes et les savoirs qu'elle requiert sont autrement plus nombreux et subtils que la lino, où il est assez intuitif de comprendre ce qui cloche. Bref, il était temps d'apprendre au contact d'une personne qui sait.

Après une tentative manquée de m'inscrire à un atelier hebdomadaire aux ateliers Beaux-arts de la ville de Paris, j'ai finalement fait deux journées de stage au charmant petit atelier Sobre Papel à Vincennes, avec une graveuse professionnelle. Le but était de découvrir en deux séances les bases de la pointe sèche (ce que j'avais essayé dans mon coin donc), mais aussi de l'eau-forte et de l'aquatinte. Des techniques de gravure indirectes à l'acide qui m'avaient toujours fasciné, et que j'étais heureux de tester dans un atelier et pas dans ma salle de bains :)

Ces stages étaient intenses et absolument géniaux. Comme je le pressentais, la quantité de choses à apprendre et de détails qui comptent pour un beau résultat est assez folle. Profondeur et densité de la gravure, polissage de la plaque, texture et humidité du papier, viscosité de l'encre, encrage uniforme, propreté des blancs, réglage de la presse, etc. Plus des histoires de vernis, de timing et de manipulation pour les techniques à base d'acide. C'était un énorme plaisir de découvrir tout ça en si peu de temps. De mieux comprendre des gestes que j'avais déjà vus et surtout d'avoir de nouveaux feelings au bout des doigts (en plus des taches d'encre :)).

Plaque encrée et nettoyée, juste avant le passage sous presse.

Pendant la première séance, nous avons réalisé en parallèle une pointe-sèche et une eau-forte au trait (gravure sur vernis puis morsure à l'acide des traits où le vernis a disparu). J'avais toujours trouvé ces techniques assez incroyables de précision, et c'est complètement fou de le constater sur l'un de ses propres dessins.

Faucon pélerin, eau-forte. (Normalement c'est pas flou sur les bords mais mon scanner a apparemment eu du mal avec la belle dépression dans le papier due à la pression de la plaque)

La seconde séance a consisté à reprendre la plaque d'eau-forte de la première et à lui appliquer trois passes d'aquatinte. On crée un grainage ultra-fin sur la plaque à base de résine en poudre, puis on travaille des zones grises du clair vers le foncé, en plusieurs couches de vernis et bains d'acide… Misère que c'est difficile à expliquer !

La plaque après le traitement à l'aquatinte. On voit bien divers textures qui ressortiront comme autant de niveaux de gris.

Le résultat final est celui en début d'article. J'ai adoré le voir sortir de la presse, mais je ne peux pas m'empêcher de voir tous ses problèmes. J'ai été quelque peu pris au dépourvu par la complexité du processus de l'aquatinte : planifier les niveaux de gris à l'avance et penser leur exécution "à l'envers". Dans la confusion des couches de vernis qui masquaient de plus en plus le trait originel, j'ai perdu les feuillages et j'ai fait n'importe quoi sur la branche. Mais je ne perds pas de vue que c'était un tout premier essai, en temps assez limité, pour découvrir la technique. Maintenant que je vois comment tout ça fonctionne, je n'ai plus qu'à me lancer dans de nouvelles gravures, chez moi ou à l'atelier. Vivement la prochaine !

En bonus, le dessin au stylo que j'avais fait comme modèle pour le stage.

Carte de vœux 2017

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Il y a des tirages plus réussis, mais je les ai envoyés avant de penser à les scanner…

Pour ma carte de vœux en lino édition 2017, je voulais quelque chose de plus minimaliste que l'année dernière dans le rendu, tout en évoquant l'hiver de la manière la plus simple. Je me suis souvenu d'un vieux séjour à la montagne, où j'avais adoré découvrir le matin plein de traces de pas d'animaux dans la neige de la nuit. J'en ai tiré un dessin de renard, que j'ai converti en gravure à 4 plaques.

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Le dessin d'origine. On en est assez loin.

Si c'est toujours un grand plaisir d'envoyer ces gravures faites à la main, je ne suis pas très content de celle-ci. D'ailleurs, je n'ai pas réussi à en imprimer autant que les précédentes. J'ai peu dessiné en 2016, presque pas gravé, et vécu une fin d'année triste et éprouvante, je crois que cela se ressent dans cette carte. Plus qu'à faire en sorte que 2017 soit plus fructueuse.

Carte de vœux 2016

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La carte de vœux millésime 2016. Linogravure à 3 plaques.

On ne peut pas dire que 2015 a été très productive de mon côté, mais je ne voulais pas manquer la tradition de la carte de vœux en lino. Cette fois-ci je voulais quelque chose de chaleureux et de lumineux. Comme la belle année que je vous souhaite à tous ! :)

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Trois couleurs, trois jolies guirlandes de cartes qui sèchent.

Carte de vœux 2015

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Hellébores roses (et du lierre, of course). Linogravure à 5 plaques. 10 × 20 cm.

L'année dernière, j'avais envoyé des cartes de vœux linogravées à mes proches. Bien que faites un peu à la va-vite, elles avaient beaucoup plu, alors j'ai remis ça cette année, en visant quelque chose d'un peu plus travaillé. Ce "un peu plus" s'est finalement traduit par cinq plaques gravées pour six couleurs… Cinq plaques, ça signifie cinq dessins différents qui dans l'idéal doivent se superposer parfaitement à toutes les étapes : report du motif, gravure, impression. Et une multiplication d'autant des risques d'erreur.

En tout cas, c'était une occasion de tester plein de choses. Et de vérifier à nouveau l'importance de la planification en amont (merci les calques Gimp) et de chaque détail, notamment pour l'impression (nettoyage des outils, choix du papier, pression à appliquer, etc). Ça n'a pas empêché les erreurs, et un résultat comme d'habitude plus grossier que ce que j'imaginais. Mais c'est bien chouette quand même, non ? :)

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Ribambelle de séchage de la dernière couche.
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La dernière plaque rend très bien aussi toute seule.

Tampon poulpe

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Changement de dimension. Après la grande peinture, un petit tampon poulpe, pour quelqu'un qui adore ces bestioles (comme moi, et vous devriez aussi).

Gravé en 1h environ. Je crois qu'il m'a fallu plus de temps pour arriver à un dessin initial satisfaisant, mais je suis très content de l'aspect compact du résultat.

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Tampon motif lierre

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Cette encre n'est pas terrible du tout, il faudra que je trouve un beau vert.

Un petit tampon à motif répétitif, pour m'occuper les doigts tout en planifiant à côté des choses plus ambitieuses.

Le plus long ici a été de trouver un dessin de pavage "qui colle", ce qui n'est pas évident avec un hexagone. Pour la gravure elle-même, ça a été très vite, sur une plaque de gomme en je-ne-sais-quoi bien adaptée à cet usage.

Pour le support, j'ai collé ça sur une vieille bobine de fil en bois. J'en avais acheté quelques-unes dans un vide-greniers il y a peu, avec cette idée d'en faire des tampons. Ça fait un bel objet, on dirait presque que c'est fait pour.

Gravure Ivy - Étapes

Comme promis, un billet pour détailler un peu les étapes de réalisation de ma dernière gravure.

Alors tout d'abord, ce n'est pas une linogravure, car la matière utilisée n'est pas du linoléum. Il s'agit de la même gomme un peu cheap que pour mon petit dragon, une matière qui est probablement destinée à l'initiation, vue la facilité avec laquelle ça se grave. J'en avais acheté deux plaques identiques l'année dernière, au moment de mes débuts, en me disant que j'allais m'en servir rapidement pour tester la gravure à deux plaques avec un sujet facile. Typiquement, une n-ième Ivy.

Sachant que je passe mon temps à la dessiner en "tâche de fond", dans mes carnets, sur mes notes de réunion ou mes brouillons du boulot, je pensais que ce serait vite fait. Et pourtant non ! J'ai pondu des tas de croquis pendant un an et demi sans que ça corresponde à ce que je voulais.

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Quelques exemples de trucs avortés, je vous épargne la totalité…

Mais bon, après la gravure des éoliennes je me suis rendu compte que j'aimerais bien passer à des choses un peu plus sérieuses (grands formats, gravure sur bois, etc.), alors il fallait que je finisse ça une bonne fois pour toute. Et en me focalisant dessus, j'ai finalement dessiné assez vite quelque chose qui me plaisait, dans un style Art nouveau pas trop chargé. Bref, ça a donné ça :

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Enfin un croquis qui me plaisait !

J'ai scanné et reproduit ce dessin au trait en quelques exemplaires. pour pouvoir faire des tests et me servir d'une copie comme d'un papier calque, pour le transfert sur la plaque à graver. C'est tout de même assez grossier comme technique, donc j'ai dû redessiner la plupart des éléments sur la plaque.

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Copie de référence et résultat du transfert.

Ensuite, c'est la gravure en elle-même. Cette matière se grave très (trop !) facilement, et le dessin était à la fois plus simple et nettement plus petit que les éoliennes, donc c'est allé beaucoup plus vite… Déjà, rien que le fait de pouvoir tourner facilement la plaque elle-même au lieu de devoir tourner autour ! Mais vu certaines parties tordues, j'ai dû faire attention à ne pas tomber dans la précipitation.

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Après avoir terminé la plaque, j'ai fait une première impression de test.

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Hop, et voilà, fini ! :)

 

Euh... non, on avait dit deux couleurs ! Il a donc fallu se lancer dans la seconde plaque (qui sera en fait imprimée en premier, pour être sûr d'avoir les traits sombres au-dessus du orange), avec le problème de la superposition des deux. Bon, c'est un cas de dessin assez facile, où la plaque noire se suffit à elle-même et peut donc servir de référence pour la plaque orange. Mais il fallait tout de même que les deux soient bien calées pour que ça marche. Pour le transfert du dessin, je suis donc parti d'une des impressions et non pas du dessin original, pour minimiser les risques de décalage. Et puis j'ai fait tant bien que mal, avec encore cette technique façon papier calque, en espérant que la précision soit suffisante…

Spoiler : je me suis foiré. Le résultat final souffre de plein de décalages et de zones qui ne devraient pas être blanches. L'élasticité du matériau bas de gamme est sûrement un peu en cause, mais il y a surtout ma méthode. Je suis bon pour étudier mieux la question du transfert si je refais du multi-plaques (et comme je n'ai pas envie de faire du plaque perdue, il faudra bien).

Une fois la plaque orange gravée (c'est allé très vite et j'ai pas pris de photos), j'avais ça :

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Les deux plaques terminées… et plein de copeaux sur mon bureau.

Ça y est, là c'est fini ! Plus qu'à imprimer, en commençant par le orange…

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Je ne sais pas vous, mais j'aime déjà bien cette étape, avec cette forme sinueuse et abstraite.

Ça ne se voit pas parce que la lumière sur mes photos est jaunâtre et mal réglée, mais ce orange tel qu'il sort du tube est complètement fou. Super vif, presque fluorescent. C'est drôle car je ne suis pas franchement fan de cette couleur en temps normal, mais quand je l'ai vu ressortir sur ces feuilles, j'ai trouvé qu'il avait quelque chose d'à la fois joyeux et de poignant. Oui, carrément, cet orange m'a bouleversé et je me suis abîmé dans une contemplation mystique de mon encre :D. Ce qui tombait bien parce que de toute façon il fallait patienter jusqu'au lendemain pour appliquer la couche noire (qui est plutôt vert olive très foncé en fait).

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Le résultat final.

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