Faucon pélerin, eau-forte et aquatinte.

Ça fait déjà un bon moment maintenant que je pratique la linogravure. Je continue régulièrement parce que c'est facile et que je suis à l'aise avec cette technique, mais ça m'a aussi donné envie d'explorer d'autres procédés de gravure. J'ai eu l'occasion d'essayer le bois (il faudrait que je reprenne, notamment sur bois de bout avec les techniques japonaises), mais c'était surtout la taille-douce qui m'attirait. En gros, toutes les techniques de gravure sur metal, en creux, contrairement à la lino et au bois.

Comme d'habitude, j'ai essayé en auto-didacte. Après tout, ça s'était bien passé pour la lino. J'ai acheté une petite plaque de cuivre et une pointe sèche, j'ai gratouillé un dessin, la reproduction de l'un de ceux que j'avais fait pour Inktober 2016, et je l'ai imprimé avec une petite presse personnelle, en essayant d'appliquer tout ce que j'avais lu et vu sur le sujet. Voilà ce que ça a donné.

Mon tout premier essai, pour la postérité.

Pour une toute première fois, j'étais content du résultat, je m'attendais à franchement pire. Mais j'ai vite déchanté. Au lieu de s'améliorer, les tirages suivants ne cessaient de se dégrader. La presse patinait, ça restait sale, j'avais toujours trop ou trop peu d'encre sur la plaque à la fin, et la gravure s'émoussait très vite. Finalement, je l'ai rayée en essayant de la regraver plus profond ensuite. Fin du premier essai. J'en ai refait un autre peu de temps après, un dessin plus élaboré qui donne une très jolie plaque de cuivre, mais je n'ai jamais réussi à en tirer une seule impression correcte malgré mes soins.

La conclusion était claire et peu surprenante : la taille-douce s'apprend difficilement tout seul. Les gestes et les savoirs qu'elle requiert sont autrement plus nombreux et subtils que la lino, où il est assez intuitif de comprendre ce qui cloche. Bref, il était temps d'apprendre au contact d'une personne qui sait.

Après une tentative manquée de m'inscrire à un atelier hebdomadaire aux ateliers Beaux-arts de la ville de Paris, j'ai finalement fait deux journées de stage au charmant petit atelier Sobre Papel à Vincennes, avec une graveuse professionnelle. Le but était de découvrir en deux séances les bases de la pointe sèche (ce que j'avais essayé dans mon coin donc), mais aussi de l'eau-forte et de l'aquatinte. Des techniques de gravure indirectes à l'acide qui m'avaient toujours fasciné, et que j'étais heureux de tester dans un atelier et pas dans ma salle de bains :)

Ces stages étaient intenses et absolument géniaux. Comme je le pressentais, la quantité de choses à apprendre et de détails qui comptent pour un beau résultat est assez folle. Profondeur et densité de la gravure, polissage de la plaque, texture et humidité du papier, viscosité de l'encre, encrage uniforme, propreté des blancs, réglage de la presse, etc. Plus des histoires de vernis, de timing et de manipulation pour les techniques à base d'acide. C'était un énorme plaisir de découvrir tout ça en si peu de temps. De mieux comprendre des gestes que j'avais déjà vus et surtout d'avoir de nouveaux feelings au bout des doigts (en plus des taches d'encre :)).

Plaque encrée et nettoyée, juste avant le passage sous presse.

Pendant la première séance, nous avons réalisé en parallèle une pointe-sèche et une eau-forte au trait (gravure sur vernis puis morsure à l'acide des traits où le vernis a disparu). J'avais toujours trouvé ces techniques assez incroyables de précision, et c'est complètement fou de le constater sur l'un de ses propres dessins.

Faucon pélerin, eau-forte. (Normalement c'est pas flou sur les bords mais mon scanner a apparemment eu du mal avec la belle dépression dans le papier due à la pression de la plaque)

La seconde séance a consisté à reprendre la plaque d'eau-forte de la première et à lui appliquer trois passes d'aquatinte. On crée un grainage ultra-fin sur la plaque à base de résine en poudre, puis on travaille des zones grises du clair vers le foncé, en plusieurs couches de vernis et bains d'acide… Misère que c'est difficile à expliquer !

La plaque après le traitement à l'aquatinte. On voit bien divers textures qui ressortiront comme autant de niveaux de gris.

Le résultat final est celui en début d'article. J'ai adoré le voir sortir de la presse, mais je ne peux pas m'empêcher de voir tous ses problèmes. J'ai été quelque peu pris au dépourvu par la complexité du processus de l'aquatinte : planifier les niveaux de gris à l'avance et penser leur exécution "à l'envers". Dans la confusion des couches de vernis qui masquaient de plus en plus le trait originel, j'ai perdu les feuillages et j'ai fait n'importe quoi sur la branche. Mais je ne perds pas de vue que c'était un tout premier essai, en temps assez limité, pour découvrir la technique. Maintenant que je vois comment tout ça fonctionne, je n'ai plus qu'à me lancer dans de nouvelles gravures, chez moi ou à l'atelier. Vivement la prochaine !

En bonus, le dessin au stylo que j'avais fait comme modèle pour le stage.